4 maximes pour la volonté

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La première est que, pour acquérir une nouvelle habitude, ou pour en perdre une ancienne, il faut se jeter à l'eau d'emblée par une initiative énergique et irrévocable. Accumulez et renforcez par tous les moyens les bons motifs ; ayez soin de toujours vous mettre dans les conditions favorable à votre nouvelle orientation ; prenez des engagements incompatibles avec l'ancienne ; liez-vous, si le cas le permet, par une promesse publique ; bref, secondez votre résolution de tous les secours imaginables. Tout cela donnera un tel élan à votre entreprise que la tentation d'y renoncer en sera certainement retardée : or ajourner une telle défaite, c'est chaque fois diminuer les chances qu'elle peut avoir de se réaliser.

Seconde maxime : ne souffrez jamais d'exception tant que l'habitude nouvelle n'est pas sûrement enracinée dans votre vie. Toute faute ressemble à la chute d'une pelote de fil que l'on est en train d'enrouler soigneusement ; quel travail pour l'enrouler à nouveau de tous les tours échappés en une seule fois !... Les succès du début sont d'une impérieuse nécessité. Un échec initial rique d'énerver tous les efforts futurs, tandis que les réussites passées sont une source d'énergie pour l'avenir...  

Voici maintenant une troisième maxime à ajouter aux deux précédentes : saisissez la première occasion d'appliquer chacune de vos résolutions, suivez immédiatement toute suggestion émotionnelle orientée dans le sens de l'habitude à acquérir. Ce n'est pas au moment où on les forme mais au moment où elles produisent leurs effets moteurs, que les résolutions et les aspirations modifient la contexture du cerveau...

D'où une quatrième et dernière maxime relative aux habitudes de la volonté, et que nous pouvons à peu près formuler ainsi : maintenez vivante en vous la faculté de l'effort en la soumettant chaque jour à un petit exercice sans profit. C'est-à-dire : faites un peu d'ascétisme et d'héroisme systématique et inutile ; tous les jours ou tous les deux jours faîtes un acte pour cette unique raison que vous ne préféreriez pas le faire ; ainsi, lorsque sonnera l'heure de l'angoisse ou de la détresse, elle ne vous trouvera pas sans énergie et sans préparation à l'épreuve. Un tel ascétisme est comme la prime d'assurance qu'un homme paie sur sa maison et sur ses biens. Cette taxe ne rapporte rien pour le moment, et peut-être ne rapportera-t-elle jamais. Mais de l'avoir payée sauve de la ruine au jour de l'incendie. Ainsi de l'homme qui chaque jour a fortifié en lui des habitudes d'attention concentrée, de vouloir énergique et de renoncement dans les petites choses : il restera debout comme une tour quand tout vacillera autour de lui et que ses compagnons d'infortune moins solides seront balayés pas la tourmente comme de la balle d'avoine.


W. James, Précis de psychologie, p. 186-191

Tiré de la collection 'Que Sais-Je ?' - La Volonté.