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Dieu

Posted in Texts

Dieu, maître de la foudre, est premier et dernier.
Dieu est Tête, et Milieu, père de l'univers.
Dieu est Mâle, et Dieu est une vierge immortelle.
Dieu soutient et la terre et le ciel étoilé.

Dieu, souffle universel, force du feu sans fin,
Dieu racine des mers, Dieu Lune, Dieu Soleil,
Dieu Seigneur, Dieu principe et créateur de tout.

C'est la force, et l'Archange, et le maître de tout,
C'est le seul corps royal, où se meut l'univers,
le jour, la nuit, le feu, la terre, l'eau, l'éther,
la peur des anciens temps, l'Amour aux cent plaisirs !

L'immense corps de Dieu seul sait tout contenir...
... Il entend tout, sait tout. Et rien au monde n'est,
Parole, ou moindre son, ou bruit, ou bien rumeur,
Que ne puisse saisir le tout-puissant Seigneur.

 

 

 Anonyme (Grèce Antique) 

Ophélia (Arthur Rimbaud)

Posted in Poems

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
-- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile :
-- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

ô pale Ophélia! belle comme la neige !
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
-- C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;

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C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la Nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux ;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux !

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle !
Tu te fondais à lui comme une neige au feu :
Tes grandes visions étranglaient ta parole
-- Et l'infini terrible effara ton oeil bleu !

-- Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.


Arthur Rimbaud

Dieu

Posted in Spiritual

Dieu, maître de la foudre, est premier et dernier.
Dieu est Tête, et Milieu, père de l'univers.
Dieu est Mâle, et Dieu est une vierge immortelle.
Dieu soutient et la terre et le ciel étoilé.

A warrior's creed

Posted in Spiritual

A text from an anonymous Samurai; 14th century.

A Warrior's Creed.

I have no parents: I make the heavens and Earth my parents.

I have no home: I make awareness my home.

I have no life or death: I make the tides of breathing my life and death.

I have no divine power: I make honesty my divine power.

Le morphinomane

Posted in Feuilles volantes

Alors on s'inquiète un peu.

On décide de renoncer à son habitude chérie... Pas aujourd'hui : demain. Et l'on remet de jour en jour. Mais quand arrive le moment de la décision, le courage défaille, la volonté n'est plus. Sitôt qu'on a cédé bien lâchement, le remords vient et l'espérance, la certitude que demain on sera plus fort. On n'est jamais plus fort demain.  

Et le poison devient la grande, l'unique nécessité de l'existence. Loin de lui, on n'est bon à rien. Pour manger, pour dormir, pour être intelligent, pour être soi, il faut fumer, ou boire, ou se morphiniser. Sans cela c'est le vague à l'âme, l'impossibilité de fixer son attention, c'est l'abrutissement, la torpeur, l'hébétude. Seul le poison fait retrouver l'excitation nécessaire, et chaque jour il faut une dose un peu plus forte pour une excitation plus courte chaque jour. 

Cependant on maigrit, on pâlit, on est triste. On est facile aux larmes et prompt à la querelle. L'idée fixe domine tout. On prend la vie et les hommes en grippe. La mémoire se noie, l'esprit n'est plus lucide, le corps est faible, on vieillit vite. D'ailleurs on ne dort plus, on somnole péniblement ; on ne vit plus, on végète languissamment. 

A cette phase, essayez un peu de sevrer l'intoxiqué de son poison. Cela le rend atrocement malade. Le fumeur, sans sa cigarette, n'est qu'énervé et irritable ; l'alcoolique sans son alcool a du delirium tremens, des hallucinations, des crises de fureur et de véritable folie ; et les pauvres morphinomanes ! Il faut les entendre pleurer, supplier et hurler après leur bien-aimée morphine ; ils se traînent à genoux, ils vous implorent à mains jointes ; ils feraient toutes les bassesses. 

Et ça finit lugubrement : la mort à l'hôpital, le suicide ou l'asile d'aliénés. Le remède ?... Il n'y en a pas d'autre que l'isolement, l'internement dans une maison de santé, loin des parents, loin des amis, sous la garde d'un médecin qui vous règle la dose et la diminue peu à peu. Le traitement est dur et long. Avec leur isolement et leur douche, les médecins vous refont une volonté. Vous rentrez guéri dans le monde... Et vous recommencez, le plus souvent, six mois après.


M. de Fleury, Introduction à la Médecine de l'Esprit, p. 347-349, alcan, 1897.

Que sais-je ? La volonté - par Paul Foulquié.

4 maximes pour la volonté

Posted in Feuilles volantes

La première est que, pour acquérir une nouvelle habitude, ou pour en perdre une ancienne, il faut se jeter à l'eau d'emblée par une initiative énergique et irrévocable. Accumulez et renforcez par tous les moyens les bons motifs ; ayez soin de toujours vous mettre dans les conditions favorable à votre nouvelle orientation ; prenez des engagements incompatibles avec l'ancienne ; liez-vous, si le cas le permet, par une promesse publique ; bref, secondez votre résolution de tous les secours imaginables. Tout cela donnera un tel élan à votre entreprise que la tentation d'y renoncer en sera certainement retardée : or ajourner une telle défaite, c'est chaque fois diminuer les chances qu'elle peut avoir de se réaliser.

Seconde maxime : ne souffrez jamais d'exception tant que l'habitude nouvelle n'est pas sûrement enracinée dans votre vie. Toute faute ressemble à la chute d'une pelote de fil que l'on est en train d'enrouler soigneusement ; quel travail pour l'enrouler à nouveau de tous les tours échappés en une seule fois !... Les succès du début sont d'une impérieuse nécessité. Un échec initial rique d'énerver tous les efforts futurs, tandis que les réussites passées sont une source d'énergie pour l'avenir...  

Voici maintenant une troisième maxime à ajouter aux deux précédentes : saisissez la première occasion d'appliquer chacune de vos résolutions, suivez immédiatement toute suggestion émotionnelle orientée dans le sens de l'habitude à acquérir. Ce n'est pas au moment où on les forme mais au moment où elles produisent leurs effets moteurs, que les résolutions et les aspirations modifient la contexture du cerveau...

D'où une quatrième et dernière maxime relative aux habitudes de la volonté, et que nous pouvons à peu près formuler ainsi : maintenez vivante en vous la faculté de l'effort en la soumettant chaque jour à un petit exercice sans profit. C'est-à-dire : faites un peu d'ascétisme et d'héroisme systématique et inutile ; tous les jours ou tous les deux jours faîtes un acte pour cette unique raison que vous ne préféreriez pas le faire ; ainsi, lorsque sonnera l'heure de l'angoisse ou de la détresse, elle ne vous trouvera pas sans énergie et sans préparation à l'épreuve. Un tel ascétisme est comme la prime d'assurance qu'un homme paie sur sa maison et sur ses biens. Cette taxe ne rapporte rien pour le moment, et peut-être ne rapportera-t-elle jamais. Mais de l'avoir payée sauve de la ruine au jour de l'incendie. Ainsi de l'homme qui chaque jour a fortifié en lui des habitudes d'attention concentrée, de vouloir énergique et de renoncement dans les petites choses : il restera debout comme une tour quand tout vacillera autour de lui et que ses compagnons d'infortune moins solides seront balayés pas la tourmente comme de la balle d'avoine.


W. James, Précis de psychologie, p. 186-191

Tiré de la collection 'Que Sais-Je ?' - La Volonté.